Garanties Décennale et Biennale : Vos Droits en Construction

Réponse rapide

La garantie décennale couvre pendant 10 ans les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination (article 1792 du Code civil). La garantie biennale, elle, couvre pendant 2 ans les équipements dissociables (article 1792-3), comme les volets, radiateurs, ou installations électriques. Ces garanties sont d'ordre public et s'appliquent automatiquement sans clause contractuelle.

1. Introduction au Problème

Les garanties légales en construction : un système protecteur

Lorsque vous faites construire ou acquérez un bien immobilier neuf, vous bénéficiez automatiquement de garanties légales qui protègent votre investissement pendant plusieurs années. Ces garanties, souvent méconnues ou mal comprises, constituent pourtant un rempart essentiel contre les malfaçons et désordres qui peuvent affecter votre bien.

Le droit de la construction français a mis en place un système de garanties échelonnées dans le temps, chacune couvrant des types de désordres spécifiques. Parmi celles-ci, la garantie décennale et la garantie biennale (également appelée garantie de bon fonctionnement) jouent un rôle central dans la protection des maîtres d'ouvrage.

Pourquoi distinguer ces deux garanties ?

La distinction entre garantie décennale et garantie biennale n'est pas qu'une simple question de durée. Elle repose sur la nature même des désordres couverts et leur gravité. Un propriétaire qui découvre un problème dans son bien immobilier doit impérativement déterminer sous quelle garantie il peut agir, car les démarches et délais diffèrent sensiblement.

Prenons l'exemple de M. et Mme Dubois, qui ont fait construire leur maison en 2022. Trois ans après la réception des travaux, ils constatent des infiltrations d'eau importantes dans le salon. S'agit-il d'un problème relevant de la garantie décennale ? Peuvent-ils encore agir ? À qui s'adresser ? Ces questions sont cruciales et nécessitent une compréhension précise du régime des garanties légales.

Des enjeux financiers considérables

Les désordres de construction peuvent avoir des conséquences financières dramatiques pour un propriétaire. Les travaux de reprise se chiffrent souvent en dizaines, voire centaines de milliers d'euros. Sans la protection des garanties légales, de nombreux propriétaires se retrouveraient dans l'impossibilité de faire réparer leur bien ou devraient engager des procédures judiciaires longues et coûteuses.

C'est pourquoi le législateur a instauré un système de responsabilité stricte pour les constructeurs, assorti d'une obligation d'assurance décennale. Cette architecture juridique vise à garantir que les propriétaires puissent toujours obtenir réparation, même en cas de défaillance du constructeur.

2. Cadre Juridique

La garantie décennale : article 1792 et suivants du Code civil

La garantie décennale constitue le socle de la protection en matière de construction. Elle s'applique pendant 10 ans à compter de la réception des travaux et couvre deux catégories de désordres :

  • Les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage : fissures structurelles, affaissement des fondations, effondrement de toiture, etc.
  • Les dommages rendant l'ouvrage impropre à sa destination : infiltrations majeures, isolation thermique défaillante empêchant l'habitabilité, système de chauffage totalement inopérant, etc.

Notion d'élément d'équipement indissociable

La jurisprudence a précisé que la garantie décennale couvre également les éléments d'équipement indissociables de l'ouvrage, c'est-à-dire ceux dont la dépose, le remplacement ou la réparation nécessiterait la destruction partielle ou substantielle de l'ouvrage. Par exemple : une chape liquide incorporée dans le sol, des canalisations encastrées, une isolation intégrée dans les murs.

La garantie biennale : article 1792-3 du Code civil

La garantie biennale, également appelée garantie de bon fonctionnement, couvre pendant 2 ans les équipements dissociables de l'ouvrage. Il s'agit des éléments qui peuvent être démontés, remplacés ou réparés sans porter atteinte à la structure ou à l'intégrité du bâtiment.

Éléments typiquement couverts par la garantie biennale

  • Équipements de chauffage : radiateurs, chaudière posée au sol, pompe à chaleur
  • Installations sanitaires : robinetterie, baignoire, receveur de douche
  • Menuiseries intérieures et extérieures : portes, fenêtres, volets roulants
  • Équipements électriques : interrupteurs, prises, tableaux électriques
  • Revêtements de sol : parquet flottant, carrelage non scellé
  • Équipements de cuisine : éléments intégrés mais démontables

Le point de départ des garanties : la réception des travaux

Les deux garanties commencent à courir à partir de la réception des travaux, définie à l'article 1792-6 du Code civil. La réception est l'acte par lequel le maître d'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserves. Elle marque le transfert de responsabilité du constructeur vers le maître d'ouvrage et déclenche le décompte de toutes les garanties légales.

L'assurance obligatoire : article L.241-1 du Code des assurances

Tout constructeur doit souscrire une assurance responsabilité civile décennale couvrant sa responsabilité au titre de la garantie décennale. Cette obligation, instaurée par la loi Spinetta de 1978, vise à garantir que les propriétaires pourront toujours obtenir réparation, même en cas de disparition ou d'insolvabilité du constructeur.

En complément, le maître d'ouvrage doit souscrire une assurance dommages-ouvrage qui permet d'obtenir le préfinancement des réparations sans attendre l'issue d'une éventuelle procédure judiciaire de responsabilité. Cette assurance intervient dès la constatation du sinistre et se retourne ensuite contre le ou les responsables.

Les DTU : normes techniques de référence

Les Documents Techniques Unifiés (DTU) constituent les règles de l'art en matière de construction. Bien que non obligatoires juridiquement, ils servent de référence pour apprécier la conformité des travaux. Un ouvrage réalisé selon les DTU est présumé conforme aux règles de l'art. À l'inverse, une dérogation aux DTU doit être justifiée par des techniques équivalentes ou supérieures.

En cas de litige, les tribunaux s'appuient largement sur les DTU pour déterminer si un désordre résulte d'une malfaçon ou d'un défaut de conception. Parmi les DTU fréquemment invoqués : le DTU 20.1 (maçonnerie), le DTU 40.11 (couverture), le DTU 60.1 (plomberie), ou encore le DTU 65.10 (canalisations d'évacuation).

3. La Solution

Étape 1 : Identifier la nature du désordre

La première démarche consiste à déterminer précisément la nature du désordre constaté. Cette analyse est cruciale car elle déterminera la garantie applicable et donc vos droits.

Questions à se poser :

  • Le désordre affecte-t-il la structure du bâtiment ? (fissures importantes, affaissement, etc.)
  • Rend-il le logement impropre à son usage normal ? (infiltrations majeures, défaut d'isolation grave, etc.)
  • S'agit-il d'un équipement qui peut être remplacé sans toucher à la structure ? (volet, robinet, radiateur, etc.)
  • L'élément défectueux nécessite-t-il des travaux destructifs pour être remplacé ?

Cas pratique : Une fuite provenant d'une canalisation encastrée dans une dalle béton relève de la garantie décennale car la réparation nécessite la destruction partielle de l'ouvrage. En revanche, une fuite sur un robinet apparent relève de la garantie biennale.

Étape 2 : Vérifier les délais

Une fois la nature du désordre identifiée, vous devez impérativement vérifier si vous êtes encore dans les délais pour agir :

  • Garantie décennale : 10 ans à compter de la réception des travaux
  • Garantie biennale : 2 ans à compter de la réception des travaux

Attention : il ne s'agit pas de la date de signature du contrat ou du démarrage des travaux, mais bien de la date de réception, formalisée par un procès-verbal signé par le maître d'ouvrage et le constructeur.

Étape 3 : Déclarer le sinistre

Notification au constructeur

Dès la découverte du désordre, vous devez le notifier au constructeur par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre doit :

  • Décrire précisément les désordres constatés
  • Rappeler la date de réception des travaux
  • Mentionner la garantie invoquée (décennale ou biennale)
  • Demander une expertise contradictoire
  • Réserver tous vos droits

Déclaration à l'assurance dommages-ouvrage

Si vous bénéficiez d'une assurance dommages-ouvrage (DO), déclarez simultanément le sinistre à votre assureur. L'assurance DO a l'obligation de vous indemniser dans un délai maximum de 90 jours suivant la déclaration du sinistre, après expertise.

Modèle de délais :

  • Jour J : Découverte du désordre
  • J+15 : Notification au constructeur et déclaration à l'assurance DO
  • J+45 : Visite d'expertise
  • J+90 : Réception du rapport d'expertise
  • J+105 : Proposition d'indemnisation de l'assurance DO (si souscrite)

Étape 4 : L'expertise technique

L'expertise est une étape centrale dans le traitement d'un désordre de construction. Elle vise à :

  • Établir la matérialité et l'étendue des désordres
  • Déterminer leur origine et leurs causes
  • Qualifier leur nature (garantie décennale, biennale ou simple désordre esthétique)
  • Identifier les responsables
  • Proposer des mesures de réparation
  • Évaluer le coût des travaux nécessaires

Expertise amiable vs expertise judiciaire

L'expertise peut être amiable (organisée par l'assurance ou d'un commun accord) ou judiciaire (ordonnée par le juge). L'expertise judiciaire, plus longue et coûteuse, s'impose généralement en cas de désaccord sur la nature ou l'origine des désordres, ou lorsque les responsabilités sont contestées.

Étape 5 : La phase de réparation ou d'indemnisation

Si vous avez une assurance dommages-ouvrage

L'assureur DO doit vous proposer une indemnisation dans les 90 jours suivant la réception du rapport d'expertise. Cette indemnisation couvre le coût des travaux de réparation. L'assureur se retournera ensuite contre les responsables (constructeur et son assurance décennale).

Sans assurance dommages-ouvrage

Vous devez vous retourner directement contre le constructeur et son assurance décennale. En cas de refus ou de désaccord, une procédure judiciaire peut être nécessaire. Celle-ci passe généralement par :

  • Une tentative de conciliation ou médiation
  • Une assignation devant le tribunal judiciaire
  • Une mesure d'expertise judiciaire
  • Un jugement ordonnant les réparations ou l'indemnisation

Ces procédures peuvent durer entre 2 et 5 ans selon la complexité du dossier et l'encombrement des tribunaux.

Cas particulier : Les recours contre le vendeur

Si vous avez acquis un bien neuf auprès d'un promoteur, vous bénéficiez également de recours contre le vendeur au titre de la garantie des vices cachés (articles 1641 et suivants du Code civil) ou de la responsabilité contractuelle. Ces recours peuvent se cumuler avec les garanties légales de construction.

Étape 6 : Constituer votre dossier

Pour maximiser vos chances d'obtenir réparation, constituez un dossier complet comprenant :

  • Le contrat de construction ou l'acte de vente
  • Le procès-verbal de réception des travaux
  • Les attestations d'assurance du constructeur
  • Votre police d'assurance dommages-ouvrage (le cas échéant)
  • Les photos des désordres avec dates
  • Les courriers échangés avec le constructeur
  • Les rapports d'expertise
  • Les devis de réparation
  • Les justificatifs de préjudices annexes (frais de relogement, perte de jouissance, etc.)

L'assistance d'un avocat spécialisé

Le contentieux de la construction est particulièrement technique, mêlant considérations juridiques et techniques. Un avocat spécialisé en droit de la construction vous accompagnera pour :

  • Qualifier juridiquement les désordres
  • Vérifier les délais et conditions d'action
  • Rédiger les courriers de mise en demeure
  • Négocier avec les assurances
  • Choisir l'expert et participer aux opérations d'expertise
  • Contester un rapport d'expertise défavorable
  • Engager une procédure judiciaire si nécessaire
  • Évaluer l'ensemble de vos préjudices

4. Points Clés à Retenir

  • Garantie décennale (10 ans) : couvre les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination, ainsi que les équipements indissociables (article 1792 du Code civil)
  • Garantie biennale (2 ans) : couvre les équipements dissociables pouvant être remplacés sans détérioration de l'ouvrage (article 1792-3 du Code civil)
  • Point de départ : les deux garanties courent à compter de la réception des travaux, formalisée par un procès-verbal
  • Assurance obligatoire : tout constructeur doit souscrire une assurance décennale ; le maître d'ouvrage peut souscrire une assurance dommages-ouvrage pour obtenir un préfinancement rapide
  • Notification immédiate : dès la découverte d'un désordre, notifiez-le au constructeur et à votre assurance par lettre recommandée avec AR
  • Expertise cruciale : l'expertise technique déterminera la nature des désordres, leur origine, les responsables et le coût des réparations
  • Délai de réparation DO : si vous avez une assurance dommages-ouvrage, elle doit vous indemniser dans les 90 jours suivant le rapport d'expertise
  • DTU et règles de l'art : les Documents Techniques Unifiés servent de référence pour apprécier la conformité des travaux
  • Cumul de recours possible : vous pouvez combiner les garanties légales avec d'autres recours (garantie des vices cachés, responsabilité contractuelle)
  • Assistance juridique recommandée : le contentieux de la construction est technique ; un avocat spécialisé maximisera vos chances d'obtenir une réparation complète
Avertissement : Cet article a une valeur informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous recommandons de consulter un avocat pour obtenir un avis adapté à votre cas. Les informations présentées sont conformes à la législation en vigueur en janvier 2026.

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