1. L'Assemblée Générale : un Passage Obligé
Même lorsque tous les copropriétaires sont d'accord pour changer de syndic, il n'existe aucun raccourci permettant de se passer d'un vote formel. La désignation du syndic est une décision qui relève de l'assemblée générale des copropriétaires et qui se vote à la majorité des voix de tous les copropriétaires (article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c). Si cette majorité n'est pas atteinte mais que le projet a recueilli au moins le tiers de ces voix, l'assemblée procède immédiatement à un second vote à la majorité de l'article 24 (article 25-1).
Un simple accord oral, un tour de table informel ou un échange d'emails entre copropriétaires n'a aucune valeur juridique. Pour que le changement de syndic soit opposable aux tiers (banque, fournisseurs, administration), il doit résulter d'une décision formalisée dans un procès-verbal d'assemblée générale ou, dans une petite copropriété, d'une consultation écrite.
Pourquoi cette exigence ?
Le syndic est le représentant légal du syndicat des copropriétaires. Sa désignation engage la copropriété vis-à-vis de l'ensemble des tiers. Sans procès-verbal régulier, le nouveau syndic ne pourrait pas :
- Opérer sur le compte bancaire de la copropriété auprès de la banque
- Signer des contrats au nom du syndicat des copropriétaires (entretien, assurance, travaux)
- Représenter la copropriété en justice en cas de contentieux
- Appeler les charges auprès des copropriétaires avec une base légale valide
La bonne nouvelle, c'est que plusieurs dispositifs permettent d'organiser ce vote formel à moindre coût, sans nécessairement réunir physiquement tous les copropriétaires dans une salle.
2. La Consultation Écrite : Réservée aux Petites Copropriétés
La consultation écrite permet de prendre des décisions sans convoquer d'assemblée générale. Elle n'est toutefois ouverte qu'aux petites copropriétés, c'est-à-dire aux syndicats comportant au plus cinq lots à usage de logements, de bureaux ou de commerces, ou dont le budget prévisionnel moyen sur trois exercices consécutifs est inférieur à 15 000 euros (article 41-8 de la loi du 10 juillet 1965). Dans les autres copropriétés, la désignation du syndic passe nécessairement par une assemblée générale.
Comment fonctionne la consultation écrite ?
La consultation est organisée par le syndic, à son initiative ou à la demande d'un copropriétaire (article 41-12 de la loi du 10 juillet 1965). Chaque copropriétaire reçoit le projet de décision et répond par écrit ; la décision est formalisée au terme du délai fixé par le syndic pour répondre. Le vote du budget prévisionnel et l'approbation des comptes sont exclus de ce mode de décision.
La condition impérative : l'unanimité des voix
La décision n'est acquise qu'à l'unanimité des voix des copropriétaires. Il ne suffit donc pas que tous répondent : il faut que tous votent en faveur de la décision. Si un seul copropriétaire vote contre ou ne répond pas, la décision n'est pas adoptée et il convient de convoquer une assemblée générale.
Avantages de la consultation écrite
- Pas de réunion : aucun frais de salle ni de déplacement
- Simplicité : un échange de documents suffit
- Rapidité : pas besoin de trouver une date commune
3. La Participation à l'Assemblée par Visioconférence
Les copropriétaires peuvent participer à l'assemblée générale par présence physique, par visioconférence ou par tout autre moyen de communication électronique permettant leur identification (article 17-1 A de la loi du 10 juillet 1965). Ce dispositif, issu de la loi ELAN du 23 novembre 2018 et réécrit par l'ordonnance du 30 octobre 2019, est précisé par l'article 13-1 du décret du 17 mars 1967.
Mise en place
C'est l'assemblée générale qui décide, à la majorité de l'article 24, des moyens et supports techniques permettant la participation à distance et des garanties d'identification des participants, sur la base de devis élaborés à l'initiative du syndic ou du conseil syndical ; le syndicat en supporte le coût (article 13-1 du décret du 17 mars 1967). Les supports doivent au moins transmettre la voix des participants et permettre la retransmission continue et simultanée des délibérations. La participation à distance est une faculté offerte aux copropriétaires : elle ne dispense pas d'indiquer un lieu de réunion dans la convocation, mais elle permet de réduire la taille de la salle nécessaire.
Déroulement
- Connexion des copropriétaires : chaque participant à distance se connecte selon les modalités indiquées dans la convocation
- Vérification des pouvoirs : le président de séance vérifie l'identité des participants et les procurations
- Vote : les copropriétaires participant à distance votent selon les moyens techniques retenus par l'assemblée
- Procès-verbal : le PV est rédigé normalement et mentionne les copropriétaires ayant participé à distance
Avantages
- Réduction des frais de salle : une partie des copropriétaires participant à distance, une salle plus petite suffit
- Meilleure participation : les copropriétaires éloignés ou peu disponibles peuvent participer plus facilement
- Même valeur juridique : les décisions prises ont la même portée qu'en présentiel
4. Les Convocations Électroniques
Les frais de convocation par lettre recommandée papier représentent souvent un poste important lors de l'organisation d'une assemblée générale. Pour une copropriété de vingt lots, ils peuvent dépasser plusieurs centaines d'euros.
La voie électronique, mode de principe
Depuis la loi du 9 avril 2024 et le décret du 22 décembre 2025 (en vigueur le 25 décembre 2025), les notifications et mises en demeure, dont les convocations aux assemblées générales, sont valablement faites par voie électronique sans qu'un accord préalable du copropriétaire soit nécessaire (article 42-1 de la loi du 10 juillet 1965). Elles doivent être adressées par lettre recommandée électronique ou au moyen d'un procédé mis en œuvre par un prestataire de services de confiance qualifié (article 64 du décret du 17 mars 1967) : un simple courriel ne vaut pas notification.
L'exception : la voie postale à la demande du copropriétaire
Chaque copropriétaire peut, à tout moment et par tout moyen, demander à recevoir ses notifications par voie postale ; elles lui sont alors adressées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Le syndic doit rappeler cette faculté sur les avis d'appel de charges et les convocations.
Économies réalisables
- Lettre recommandée électronique : généralement nettement moins chère qu'un recommandé papier, pour une valeur juridique équivalente
- Lettre recommandée papier : réservée aux copropriétaires qui en ont fait la demande
5. Le Vote par Correspondance
Tout copropriétaire peut voter par correspondance avant la tenue de l'assemblée générale, au moyen d'un formulaire établi conformément au modèle fixé par l'arrêté du 2 juillet 2020 (article 17-1 A de la loi du 10 juillet 1965). Ce dispositif ne remplace pas l'assemblée générale, mais la complète utilement.
Fonctionnement
Le formulaire de vote par correspondance est joint à la convocation de l'assemblée générale. Le copropriétaire le remplit en indiquant son vote (pour, contre, abstention) sur chaque résolution. Le formulaire n'est pris en compte que s'il est reçu par le syndic au plus tard trois jours francs avant la date de la réunion. Si une résolution est amendée en cours de séance, le copropriétaire qui a voté pour par correspondance est assimilé à un copropriétaire défaillant pour cette résolution.
Intérêt pour le changement de syndic
- Réduction des procurations : les copropriétaires absents peuvent voter directement sans chercher un mandataire
- Meilleur taux de participation : le vote par correspondance augmente le nombre de voix exprimées, ce qui facilite l'atteinte de la majorité de l'article 25 ou, à défaut, du tiers des voix ouvrant le second vote
- Complémentarité : combiné à la participation par visioconférence, il permet une participation quasi totale de la copropriété
6. Conseils Pratiques pour Minimiser les Coûts
Combiner les dispositifs
La solution la plus efficace consiste à combiner plusieurs dispositifs selon la situation de la copropriété :
- Petite copropriété dont tous les membres sont d'accord : la consultation écrite à l'unanimité est la solution la moins coûteuse
- Cas courant : une assemblée générale avec participation possible par visioconférence, vote par correspondance et convocations par lettre recommandée électronique
- Cas complexe : si des copropriétaires sont difficilement joignables, l'assemblée classique avec vote par correspondance reste la solution la plus sûre
Préparer le contrat du nouveau syndic en amont
Avant l'assemblée appelée à désigner un syndic professionnel, le conseil syndical met en concurrence plusieurs projets de contrat de syndic, sauf dispense votée à la majorité de l'article 25 (article 21 de la loi du 10 juillet 1965) ; tout copropriétaire peut aussi demander l'inscription d'un projet de contrat à l'ordre du jour. Les projets doivent être conformes au contrat type prévu par l'article 18-1 A et accompagnés de la fiche d'information prévue par ce texte. Le projet de contrat est joint à la convocation. Une bonne préparation en amont évite de devoir convoquer une nouvelle assemblée.
Limiter l'ordre du jour
Si le seul objectif est de changer de syndic, il est possible de n'inscrire que cette question à l'ordre du jour (outre les points obligatoires). Un ordre du jour restreint simplifie la convocation, réduit la durée de l'assemblée et diminue les frais.
Si le mandat de l'ancien syndic est terminé
Lorsque le mandat du syndic a expiré sans renouvellement, le syndicat est dépourvu de syndic : tout copropriétaire peut alors convoquer l'assemblée générale pour nommer un syndic (article 17 de la loi du 10 juillet 1965). À défaut, le président du tribunal judiciaire, saisi sur requête, désigne un administrateur provisoire chargé de convoquer l'assemblée. Il n'est pas nécessaire, dans ce cas, de mettre en demeure le syndic sortant.
Se faire accompagner si nécessaire
Si la copropriété présente des particularités (contentieux en cours, travaux votés non réalisés, comptabilité à vérifier), il est recommandé de consulter un avocat en droit de la copropriété pour sécuriser la transition et éviter tout vice de procédure qui pourrait entraîner l'annulation de la décision.
7. Points Clés à Retenir
- Vote formel obligatoire : la désignation du syndic se vote en AG à la majorité de l'article 25, avec second vote possible à l'article 24 si le tiers des voix est atteint. Un accord oral ou informel n'a aucune valeur juridique.
- Consultation écrite : réservée aux petites copropriétés (article 41-8) ; la décision exige l'unanimité des voix des copropriétaires.
- Participation par visioconférence : les moyens techniques sont votés par l'assemblée (article 13-1 du décret) ; les décisions prises ont la même portée qu'en présentiel.
- Convocations électroniques : depuis le 25 décembre 2025, la lettre recommandée électronique est le mode de principe, sans accord préalable ; un simple courriel ne suffit pas, et le copropriétaire peut demander la voie postale.
- Vote par correspondance : complément utile, à condition que le formulaire parvienne au syndic au plus tard trois jours francs avant la réunion.
- PV obligatoire : quelle que soit la modalité choisie, un procès-verbal doit être rédigé et conservé.
- Mise en concurrence : sauf dispense votée à la majorité de l'article 25, le conseil syndical met en concurrence plusieurs projets de contrat conformes au contrat type (article 21).
- Accompagnement juridique : en cas de situation complexe, l'assistance d'un avocat en copropriété permet de sécuriser la procédure.