Peut-on Refuser de Payer les Charges de Copropriété ?

Réponse rapide

Le refus de payer les charges de copropriété est extrêmement risqué et très rarement justifié. L'obligation de payer les charges est impérative selon l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965. Seuls quelques cas exceptionnels peuvent justifier une contestation : charges manifestement illégales, absence de vote en AG, erreur comptable grave. Même en cas de litige, il est recommandé de payer sous réserve et de saisir ensuite le tribunal. Le non-paiement expose à des intérêts de retard, pénalités, et peut conduire à une saisie immobilière.

1. Introduction au Problème

La question du refus de paiement des charges de copropriété est récurrente et soulève de nombreuses interrogations. Face à des charges qu'ils estiment excessives, injustifiées ou mal calculées, certains copropriétaires envisagent de suspendre leur paiement. Cette tentation, bien que compréhensible dans certaines situations, comporte des risques juridiques et financiers considérables.

Le paiement des charges de copropriété constitue une obligation légale fondamentale qui permet d'assurer le fonctionnement, l'entretien et la conservation de l'immeuble. Le législateur a voulu protéger l'intérêt collectif en rendant cette obligation particulièrement stricte, ne laissant que très peu de marge de manœuvre aux copropriétaires récalcitrants.

Les situations fréquentes de contestation

Plusieurs situations peuvent conduire un copropriétaire à envisager le non-paiement de ses charges :

  • Désaccord sur le montant des charges : contestation du calcul, erreur dans la répartition des tantièmes, charges jugées excessives
  • Qualité de service insuffisante : mauvaise gestion du syndic, travaux non réalisés, entretien défaillant de l'immeuble
  • Travaux contestés : travaux votés en assemblée générale que le copropriétaire estime inutiles ou trop coûteux
  • Problèmes non résolus : le copropriétaire subit des désagréments (infiltrations, nuisances) que le syndic ne traite pas
  • Contestation de décisions d'AG : le copropriétaire conteste la légalité ou la régularité de certaines décisions
  • Difficultés financières : impossibilité temporaire de payer les charges pour des raisons économiques

Les risques encourus

Le refus de payer les charges expose le copropriétaire à des conséquences graves et progressives :

  • Mise en demeure : envoi d'une lettre recommandée sommant de régulariser la situation
  • Action en justice : assignation devant le tribunal judiciaire pour obtenir le paiement
  • Condamnation aux dépens : prise en charge des frais de justice (avocat, huissier, frais de procédure)
  • Saisie immobilière : en cas de retards importants et répétés, le syndicat peut demander la vente forcée du lot
  • Inscription hypothécaire : le jugement peut donner lieu à une inscription hypothécaire qui grève le bien

Il est essentiel de comprendre que le système juridique français offre très peu de possibilités légales de refuser le paiement des charges. La loi privilégie systématiquement la continuité de la gestion de la copropriété et la protection de l'intérêt collectif sur les intérêts individuels.

2. Cadre Juridique

Le cadre juridique régissant le paiement des charges de copropriété est particulièrement strict et ne laisse que très peu de place à l'exception. Il repose principalement sur la loi du 10 juillet 1965 et son décret d'application.

Le caractère impératif de l'obligation

L'obligation de payer les charges de copropriété présente plusieurs caractéristiques qui en font une obligation particulièrement contraignante :

  • Obligation d'ordre public : les dispositions relatives aux charges sont impératives et ne peuvent être écartées par le règlement de copropriété ou par une décision d'assemblée générale
  • Obligation indivisible : on ne peut refuser de payer une partie des charges sous prétexte qu'on conteste certains postes de dépense
  • Pas d'exception d'inexécution : contrairement au droit commun des contrats, le copropriétaire ne peut invoquer le manquement du syndic à ses obligations pour refuser de payer

Les créances privilégiées du syndicat

Le législateur a doté le syndicat des copropriétaires de prérogatives exceptionnelles pour faciliter le recouvrement des charges :

  • Privilège immobilier : les créances de charges bénéficient d'un privilège immobilier qui leur donne un rang préférentiel en cas de vente ou de saisie du lot
  • Inscription automatique : ce privilège peut être inscrit à la conservation des hypothèques sans autorisation préalable du juge
  • Opposabilité aux tiers : le privilège est opposable à tous, y compris aux créanciers hypothécaires
  • Antériorité de quatre années : le privilège couvre les charges des quatre dernières années précédant l'inscription ou la vente

Les exceptions très limitées

La jurisprudence n'admet que de très rares exceptions au principe de paiement des charges :

1. Charges manifestement illégales

Si des charges sont réclamées en violation flagrante de la loi ou du règlement de copropriété :

  • Charges ne correspondant à aucun service rendu ou dépense réelle
  • Répartition des charges totalement contraire aux dispositions légales
  • Charges votées lors d'une assemblée générale nulle de plein droit

Même dans ces cas, la jurisprudence recommande de payer sous réserve et de contester devant le tribunal.

2. Erreur comptable manifeste

En cas d'erreur comptable grossière et facilement démontrable :

  • Double facturation évidente
  • Erreur de calcul arithmétique importante
  • Attribution erronée de charges à un mauvais compte

Le copropriétaire doit signaler l'erreur au syndic et ne peut refuser de payer que la partie manifestement erronée.

3. Absence totale de convocation à l'AG

Si le copropriétaire n'a jamais été convoqué aux assemblées générales ayant voté les travaux ou les dépenses contestées, il peut invoquer la nullité des décisions. Cette situation est toutefois exceptionnelle et difficile à prouver.

La procédure de recouvrement

En cas de non-paiement, le syndic doit suivre une procédure progressive :

  • Relance amiable : courrier simple rappelant l'échéance impayée
  • Mise en demeure : lettre recommandée avec accusé de réception sommant de payer dans un délai de 30 jours, sous peine de poursuites
  • Assignation en justice : saisine du tribunal judiciaire pour obtenir une condamnation au paiement
  • Exécution forcée : une fois le jugement obtenu, procédure d'exécution par huissier (saisie sur salaire, saisie bancaire, saisie immobilière)

Le syndic est tenu par son mandat de poursuivre le recouvrement des charges impayées. Il engage sa responsabilité s'il reste passif face aux impayés.

3. La Solution

Face à des charges contestées, le refus pur et simple de paiement n'est jamais la bonne stratégie. Plusieurs alternatives légales et prudentes permettent de contester les charges tout en se protégeant des conséquences du non-paiement.

Stratégie n°1 : Le paiement sous réserve

Le paiement sous réserve est la méthode la plus sûre pour se protéger tout en contestant :

Principe du paiement sous réserve

Cette technique consiste à payer les charges tout en indiquant expressément qu'on conteste leur bien-fondé ou leur montant. Elle présente plusieurs avantages :

  • Elle évite toute procédure de recouvrement et les frais associés
  • Elle écarte l'application des intérêts de retard
  • Elle préserve le droit de contester ultérieurement
  • Elle permet d'obtenir le remboursement en cas de contestation fondée

Comment procéder ?

Pour que le paiement sous réserve soit valable, il faut respecter certaines formalités :

  • Notification écrite : adresser au syndic, avant ou au moment du paiement, une lettre recommandée avec accusé de réception indiquant clairement les réserves émises
  • Précision des contestations : indiquer précisément les charges contestées, les montants concernés, et les motifs de la contestation
  • Mention sur le chèque : inscrire au dos du chèque la mention "payé sous réserve de mes droits"
  • Conservation des preuves : garder une copie de tous les documents (lettre, accusé de réception, copie du chèque)

Exemple de formulation :

"Je vous règle par la présente la somme de 1 500 € au titre des charges du 3e trimestre 2026. Toutefois, je conteste formellement la régularité de la décision d'assemblée générale du 15 mars 2026 ayant voté les travaux de réfection de la toiture pour un montant de 50 000 €, et me réserve le droit de contester cette décision devant le tribunal et de demander le remboursement de ma quote-part si ma contestation est reconnue fondée."

Stratégie n°2 : La contestation judiciaire préalable

Si la contestation porte sur une décision d'assemblée générale, il est possible de saisir le tribunal avant même que les charges ne soient appelées.

Délai de contestation

L'article 42 du décret du 17 mars 1967 prévoit un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale pour contester une décision devant le tribunal.

  • Point de départ : notification du PV par lettre recommandée ou remise en main propre
  • Délai impératif : 2 mois, passé ce délai, la décision devient incontestable
  • Absence d'effet suspensif : le recours ne suspend pas l'exécution de la décision sauf si le juge en décide autrement

Demande de sursis à exécution

En cas de contestation judiciaire, le copropriétaire peut demander au juge de suspendre temporairement l'exécution de la décision contestée :

  • Saisine du juge des référés en urgence
  • Nécessité de démontrer un risque de préjudice grave et immédiat
  • Le juge peut ordonner la consignation des sommes contestées sur un compte séquestre

Cette procédure reste exceptionnelle et n'est accordée que lorsque la contestation apparaît sérieuse et fondée.

Stratégie n°3 : La négociation avec le syndic et le conseil syndical

Avant d'envisager toute action contentieuse, il est souvent utile de tenter une approche amiable :

Dialogue avec le syndic

  • Demander un rendez-vous pour exposer clairement les motifs de contestation
  • Présenter des justificatifs et documents étayant la contestation
  • Solliciter une vérification ou un audit des comptes si une erreur est suspectée
  • Proposer un paiement échelonné si la contestation porte sur des difficultés de paiement

Saisine du conseil syndical

Le conseil syndical peut jouer un rôle de médiateur :

  • Demander l'inscription d'une question à l'ordre du jour de la prochaine AG
  • Solliciter un avis du conseil syndical sur la régularité d'une dépense
  • Proposer un audit externe en cas de désaccord persistant sur les comptes

Stratégie n°4 : La demande d'échéancier

Si la contestation repose sur des difficultés financières temporaires, la solution passe par une demande d'échelonnement :

Échelonnement amiable

Le syndic peut accepter un échéancier de paiement :

  • Présenter au syndic un plan de remboursement réaliste et détaillé
  • Justifier des difficultés financières rencontrées
  • S'engager à respecter scrupuleusement l'échéancier proposé
  • Continuer à payer les charges courantes pendant le remboursement de l'arriéré

Échelonnement judiciaire

En cas de refus du syndic ou d'impossibilité de trouver un accord :

  • Le tribunal peut accorder des délais de paiement (article 1343-5 du Code civil)
  • Le juge prend en compte la situation financière du débiteur
  • Les délais accordés peuvent aller jusqu'à 24 mois
  • Les intérêts de retard continuent à courir sauf décision contraire du juge

Les erreurs à éviter absolument

1. Le silence total

Ne pas répondre aux relances et mises en demeure est la pire des attitudes :

  • Cela empêche toute négociation
  • Le syndic n'a d'autre choix que d'engager une procédure judiciaire
  • Les frais de justice et d'avocat s'accumulent

2. Le paiement partiel non justifié

Payer une partie des charges sans expliquer pourquoi expose à des risques :

  • Le syndic considère qu'il y a un impayé sur le solde
  • Les intérêts de retard s'appliquent sur la partie non payée
  • Aucun moyen de contestation n'est formalisé

3. L'invocation de motifs non juridiques

Certains arguments, bien que légitimes d'un point de vue moral, ne sont pas recevables juridiquement :

  • "Le syndic est incompétent" : cela peut justifier un changement de syndic, mais pas le non-paiement
  • "Les charges sont trop élevées" : sauf abus manifeste, l'appréciation du niveau des charges relève de l'AG
  • "Je n'utilise pas ce service" : la répartition des charges est fixée par la loi et le règlement de copropriété

Cas particulier : les charges de travaux

Les charges relatives à des travaux votés en assemblée générale posent des questions spécifiques :

Contestation de la décision de travaux

Si vous contestez le vote des travaux :

  • Vous devez agir dans les 2 mois suivant la notification du PV
  • Pendant la procédure, vous devez payer les appels de fonds sous réserve
  • Si le tribunal annule la décision, le syndic devra vous rembourser
  • Si les travaux ont déjà été réalisés, vous ne pourrez obtenir que des dommages-intérêts

Non-exécution ou malfaçon des travaux

Si les travaux n'ont pas été réalisés ou sont mal exécutés :

  • Vous devez quand même payer les appels de fonds
  • Le syndicat peut agir contre l'entreprise défaillante
  • Vous pouvez demander en AG la mise en jeu de la responsabilité du syndic si son inaction est fautive

4. Points Clés à Retenir

  • Obligation légale impérative : le paiement des charges de copropriété est une obligation d'ordre public que l'on ne peut écarter. Le refus de paiement n'est presque jamais justifié juridiquement.
  • Paiement sous réserve : la meilleure stratégie pour contester des charges consiste à les payer en émettant des réserves expresses par écrit. Cela préserve tous vos droits sans vous exposer aux conséquences du non-paiement.
  • Délai de contestation : vous disposez de 2 mois à compter de la notification du PV d'AG pour contester une décision devant le tribunal. Passé ce délai, la décision devient définitive.
  • Pas d'exception d'inexécution : vous ne pouvez invoquer les manquements du syndic pour refuser de payer vos charges. Ce sont deux questions distinctes qui doivent être traitées séparément.
  • Conséquences graves : le non-paiement entraîne automatiquement des intérêts de retard (taux légal + 3 points), des frais de procédure, et peut conduire à une saisie immobilière en cas d'impayés importants.
  • Privilège immobilier : les créances de charges bénéficient d'un privilège immobilier qui leur donne priorité sur la plupart des autres créanciers, y compris les banques.
  • Dialogue prioritaire : avant toute action contentieuse, tentez toujours un dialogue avec le syndic et le conseil syndical. De nombreux litiges peuvent se régler à l'amiable.
  • Difficultés financières : en cas de difficultés passagères, demandez un échéancier de paiement plutôt que de cesser tout paiement. Les syndics et les tribunaux sont sensibles aux situations de bonne foi.

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