Syndic de Copropriété Fermé ou en Faillite : Que Faire ?

Réponse rapide

Si votre syndic a cessé son activité ou perdu sa garantie financière, vous devez agir rapidement : bloquez le compte bancaire de la copropriété auprès de la banque, contactez la caisse de garantie (SOCAF ou autre) pour protéger les fonds, puis saisissez le tribunal judiciaire pour faire désigner un administrateur provisoire ou convoquez vous-même une assemblée générale extraordinaire pour nommer un nouveau syndic.

1. Comprendre la Situation

Recevoir un courrier de la SOCAF ou d'un autre organisme de garantie vous informant que votre syndic a perdu sa garantie financière est une situation d'urgence. Ce n'est pas un simple changement de syndic : c'est une cessation brutale d'activité qui exige des mesures immédiates pour protéger les intérêts de votre copropriété.

Que signifie la fermeture d'un syndic ?

Un syndic professionnel peut cesser ses fonctions pour plusieurs raisons :

  • Perte de la carte professionnelle : la carte professionnelle de gestion immobilière (carte G) est obligatoire pour exercer. Son retrait ou son non-renouvellement interdit immédiatement toute activité de gestion
  • Liquidation judiciaire : le syndic, en tant qu'entreprise, peut être placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce, entraînant la cessation de toutes ses activités
  • Retrait de la garantie financière : l'organisme garant (SOCAF, GALIAN, CEGC) peut mettre fin à sa garantie en cas de défaillance du syndic, ce qui rend l'exercice de la profession légalement impossible
  • Radiation ou cessation volontaire : le syndic peut décider de cesser son activité, avec ou sans transfert de portefeuille à un confrère

Le courrier de la SOCAF : ce qu'il signifie

Lorsque vous recevez un courrier de la SOCAF (ou de GALIAN, CEGC, ou tout autre organisme de garantie), cela signifie que la garantie financière de votre syndic a pris fin. Cette garantie est une condition légale d'exercice : sans elle, le syndic ne peut plus légalement gérer votre copropriété, encaisser des fonds, signer des contrats, ni représenter le syndicat des copropriétaires.

Ce courrier constitue un signal d'alerte majeur et déclenche l'obligation d'agir rapidement pour sécuriser les fonds de la copropriété.

Les conséquences immédiates

La cessation d'activité du syndic emporte des conséquences graves et immédiates pour la copropriété :

  • Perte de représentation légale : le syndicat des copropriétaires n'a plus de représentant légal pour agir en justice, signer des contrats ou engager des dépenses
  • Risque sur les fonds : les sommes détenues par le syndic (provisions sur charges, fonds de travaux, avances) peuvent être menacées en cas de liquidation judiciaire
  • Paralysie de la gestion : les contrats d'entretien, d'assurance et de fourniture d'énergie risquent de ne plus être suivis
  • Absence de convocation d'AG : personne n'est en mesure de convoquer l'assemblée générale annuelle obligatoire

2. Protéger les Fonds de la Copropriété (Urgence)

La première mesure à prendre, dans les heures qui suivent la découverte de la cessation d'activité du syndic, est de protéger les fonds de la copropriété. Depuis la loi ALUR, chaque copropriété doit disposer d'un compte bancaire séparé ouvert au nom du syndicat des copropriétaires. Cette obligation constitue votre première ligne de défense.

Contacter la banque immédiatement

En tant que membre du conseil syndical, vous devez contacter sans délai l'établissement bancaire qui détient le compte de la copropriété pour :

  • Vérifier le solde et les mouvements récents : demander un relevé de compte détaillé pour identifier d'éventuels retraits suspects effectués dans les derniers jours ou semaines
  • Demander le blocage du compte : exiger que toute opération de débit soit suspendue jusqu'à la nomination d'un nouveau syndic ou d'un administrateur provisoire
  • Empêcher les retraits par l'ancien syndic : informer la banque que le syndic n'a plus qualité pour opérer sur le compte de la copropriété

Comment justifier votre démarche auprès de la banque

Pour appuyer votre demande, présentez les documents suivants :

  • Le courrier de l'organisme de garantie attestant la fin de la garantie financière du syndic
  • Le procès-verbal de la dernière assemblée générale vous désignant comme membre du conseil syndical
  • Le règlement de copropriété identifiant le syndicat des copropriétaires
  • Une copie de votre pièce d'identité

Si des fonds ont disparu

Si vous constatez que des sommes ont été indûment prélevées ou que le solde du compte ne correspond pas aux montants attendus, vous devez immédiatement :

  • Déposer une plainte pénale : plainte pour abus de confiance (article 314-1 du Code pénal) auprès du procureur de la République ou directement au commissariat
  • Saisir la caisse de garantie : faire une déclaration de sinistre auprès de l'organisme de garantie financière du syndic (voir section suivante)
  • Conserver toutes les preuves : relevés bancaires, appels de charges, courriers du syndic, reçus de paiement

3. Activer la Garantie Financière

La garantie financière est un mécanisme de protection essentiel pour les copropriétaires. Elle permet d'obtenir le remboursement des fonds confiés au syndic en cas de détournement, de non-représentation des fonds ou de défaillance financière.

Le rôle de la garantie financière

Tout syndic professionnel est légalement tenu de souscrire une garantie financière auprès d'un organisme agréé. Cette garantie a pour objet d'indemniser les copropriétaires lorsque le syndic ne peut plus restituer les fonds qu'il détenait pour le compte de la copropriété. Elle couvre les sommes versées au titre des provisions sur charges, des fonds de travaux, des avances de trésorerie et de toute autre somme confiée au syndic dans le cadre de sa mission de gestion.

Les principaux organismes de garantie

  • SOCAF : Société de Caution mutuelle des Administrateurs de biens et agents immobiliers de France
  • GALIAN : garantie financière proposée par le groupe Galian, filiale de la FNAIM
  • CEGC : Compagnie Européenne de Garanties et Cautions (groupe BPCE)

La procédure de déclaration

Pour activer la garantie, vous devez adresser un courrier recommandé avec accusé de réception à l'organisme de garantie. Ce courrier doit contenir :

  • L'identification de la copropriété : nom, adresse, numéro d'immatriculation au registre national des copropriétés
  • Les justificatifs de votre qualité : procès-verbal d'AG vous désignant comme membre du conseil syndical
  • Les documents financiers : derniers appels de charges, derniers comptes approuvés, relevés bancaires disponibles
  • Le détail des sommes réclamées : montant des fonds qui auraient dû figurer sur le compte de la copropriété
  • Tout élément probant : courriers échangés avec le syndic, mises en demeure restées sans réponse

Ce que couvre la garantie

La garantie financière couvre les fonds, effets ou valeurs reçus par le syndic à l'occasion de ses activités de gestion immobilière. Cela inclut :

  • Les provisions trimestrielles sur charges courantes
  • Les provisions spéciales pour travaux
  • Le fonds de travaux obligatoire (loi ALUR)
  • Les avances de trésorerie
  • Les sommes reçues au titre de mutations (fonds de roulement)

Délai d'action

L'action en mise en jeu de la garantie financière doit être exercée dans un délai de deux ans à compter de la cessation de la garantie ou de la découverte du sinistre. Il est donc impératif d'agir rapidement pour ne pas perdre ce droit à indemnisation.

4. Nommer un Nouveau Syndic

Une fois les mesures d'urgence prises pour sécuriser les fonds, il faut organiser la nomination d'un nouveau syndic. Deux voies s'offrent à vous, selon l'urgence et les circonstances.

Voie A : Saisir le tribunal judiciaire

Tout copropriétaire peut saisir le président du tribunal judiciaire par voie de requête pour demander la désignation d'un administrateur provisoire. Cette voie est recommandée lorsque :

  • Aucun membre du conseil syndical n'est en mesure de prendre en charge la convocation d'une assemblée générale
  • La situation est particulièrement complexe (contentieux en cours, travaux urgents, impayés importants)
  • Il existe un risque de conflit entre copropriétaires sur le choix du nouveau syndic

L'administrateur provisoire désigné par le juge aura pour mission de :

  • Assurer la gestion courante de la copropriété
  • Récupérer les archives et les fonds auprès de l'ancien syndic ou du liquidateur
  • Convoquer une assemblée générale pour élire un nouveau syndic

Voie B : Convoquer directement une assemblée générale (plus rapide)

En tant que membre du conseil syndical, vous pouvez convoquer vous-même une assemblée générale extraordinaire, à condition d'avoir préalablement mis en demeure le syndic défaillant de le faire. Dans le cas d'un syndic qui a cessé son activité, cette mise en demeure sera nécessairement infructueuse, ce qui vous autorise à prendre l'initiative.

Étapes de la convocation par le conseil syndical

  • Mise en demeure préalable : envoyer une lettre recommandée au syndic défaillant (ou à son liquidateur) lui demandant de convoquer une assemblée générale. Le défaut de réponse dans un délai raisonnable (8 jours) vous autorise à agir
  • Rédaction de l'ordre du jour : inscrire au minimum la nomination d'un nouveau syndic et la fixation de ses conditions de rémunération
  • Envoi des convocations : adresser les convocations à tous les copropriétaires par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins 21 jours avant la date de l'assemblée
  • Collecte des devis : solliciter plusieurs propositions de syndics professionnels et les joindre à la convocation

Le vote en assemblée générale

Lors de l'assemblée générale, la nomination du nouveau syndic est soumise au vote selon les règles suivantes :

  • Majorité requise : majorité absolue de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 (majorité de tous les copropriétaires, présents, représentés et absents)
  • Présentation des candidats : chaque syndic candidat présente son offre et ses conditions de rémunération
  • Durée du mandat : le mandat du syndic est fixé pour une durée maximale de trois ans
  • Seconde convocation : si la majorité de l'article 25 n'est pas atteinte, un second vote peut intervenir à la majorité simple de l'article 24

Le syndic bénévole ou coopératif : une alternative pour les petites copropriétés

Pour les petites copropriétés (notamment celles de cinq lots ou moins), des alternatives au syndic professionnel peuvent être envisagées :

  • Syndic bénévole : un copropriétaire peut être élu syndic non professionnel. Il n'a pas besoin de carte professionnelle ni de garantie financière, mais il assume les mêmes responsabilités légales qu'un syndic professionnel
  • Syndic coopératif : le conseil syndical assure collectivement les fonctions de syndic, avec un président du conseil syndical qui en est le représentant légal. Cette formule permet de réduire les coûts tout en maintenant une gestion participative

5. Points Clés à Retenir

  • Agir vite : bloquer le compte bancaire de la copropriété immédiatement auprès de la banque pour empêcher tout retrait non autorisé par l'ancien syndic.
  • Garantie financière : contacter la SOCAF, GALIAN ou le CEGC pour activer la protection des fonds confiés au syndic défaillant. Le délai d'action est de deux ans.
  • Plainte pénale : déposer plainte pour abus de confiance si des fonds ont disparu ou si des retraits suspects ont été effectués sur le compte de la copropriété.
  • Administrateur provisoire : saisir le président du tribunal judiciaire pour faire désigner un administrateur provisoire chargé de rétablir la gestion et de convoquer une AG.
  • AG extraordinaire : en tant que conseil syndical, convoquer directement une assemblée générale pour nommer un nouveau syndic après mise en demeure infructueuse.
  • Syndic bénévole : solution envisageable pour les petites copropriétés, permettant de réduire les coûts tout en assurant la gestion de l'immeuble.
  • Conseil juridique : se faire accompagner par un avocat en droit de la copropriété pour sécuriser la transition et protéger les intérêts du syndicat des copropriétaires.
Avertissement : Cet article a une valeur informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation étant unique, nous vous recommandons de consulter un avocat pour obtenir un avis adapté à votre cas. Les informations présentées sont conformes à la législation en vigueur au 28 janvier 2026.

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