Comment contester une décision d'assemblée générale de copropriété ?

Réponse rapide

Vous disposez d'un délai impératif de deux mois à compter de la notification du procès-verbal pour contester une décision d'assemblée générale devant le tribunal judiciaire. Les motifs : irrégularités de forme, défaut de majorité, préjudice grave, ou contrariété à l'intérêt collectif.

1. Introduction au Problème

Les assemblées générales de copropriété constituent le lieu de décision démocratique régissant la vie collective de l'immeuble. Toutefois, il arrive fréquemment que des résolutions adoptées lors de ces assemblées soulèvent des contestations, qu'il s'agisse de travaux votés à la majorité mais jugés disproportionnés, de modifications du règlement de copropriété portant atteinte aux droits individuels, ou encore de décisions prises en violation des règles de convocation ou de majorité.

La contestation d'une décision d'assemblée générale représente un recours juridique fondamental permettant aux copropriétaires de faire valoir leurs droits face à des résolutions qu'ils estiment irrégulières ou contraires à leurs intérêts légitimes. Cette problématique concerne tant les copropriétaires minoritaires cherchant à annuler une décision votée par la majorité que les syndics confrontés à des décisions dont ils questionnent la légalité.

Les situations donnant lieu à contestation sont multiples : décisions prises sans respect des majorités requises, votes concernant des dépenses non inscrites à l'ordre du jour, travaux somptuaires imposés aux copropriétaires, modifications substantielles du règlement de copropriété, ou encore exclusion de certains copropriétaires du processus décisionnel. La complexité du droit de la copropriété et les enjeux financiers souvent considérables rendent impérative une compréhension précise des voies de recours disponibles.

2. Cadre Juridique

Fondement légal

La contestation des décisions d'assemblée générale de copropriété trouve son fondement principal dans la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, modifiée par la loi ALUR du 24 mars 2014 et la loi ELAN du 23 novembre 2018. Ces textes établissent les règles de fonctionnement des assemblées générales, définissent les différentes majorités requises selon les décisions, et encadrent strictement les conditions de validité des résolutions adoptées.

Les motifs de contestation recevables

La jurisprudence et la doctrine ont dégagé quatre catégories principales de motifs permettant de contester une décision d'assemblée générale :

2.1. Irrégularités de forme et de procédure

Les vices de forme constituent le premier motif de contestation. Ils englobent :

  • Défauts de convocation : absence de convocation, délais de convocation non respectés (article 9 du décret du 17 mars 1967 imposant un délai minimum de 21 jours), notification irrégulière aux copropriétaires, absence de convocation de certains copropriétaires ayant droit de vote
  • Vices affectant l'ordre du jour : formulation imprécise ne permettant pas aux copropriétaires de comprendre la portée des décisions à prendre, omission de questions importantes, adoption de résolutions sur des questions non inscrites à l'ordre du jour (sauf unanimité des copropriétaires présents et représentés)
  • Irrégularités dans le déroulement de l'assemblée : absence du quorum requis pour certaines décisions, modalités de vote non conformes, décompte erroné des voix, procès-verbal incomplet ou inexact
  • Problèmes de représentation : pouvoirs de représentation irréguliers, représentation multiple excédant les limites légales, absence de signature des mandats

2.2. Défaut de majorité requise

Chaque catégorie de décision requiert une majorité spécifique définie par la loi de 1965 :

  • Majorité de l'article 24 (majorité simple des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance) : décisions courantes de gestion, approbation des comptes, travaux d'entretien courant
  • Majorité de l'article 25 (majorité des voix de tous les copropriétaires) : travaux d'amélioration, modifications du règlement de copropriété n'affectant pas la destination de l'immeuble, autorisation donnée à certains copropriétaires d'effectuer des travaux
  • Majorité de l'article 26 (double majorité : majorité des copropriétaires représentant au moins deux tiers des voix) : modification de la répartition des charges, actes d'acquisition ou d'aliénation immobilière, travaux de transformation ou d'addition de construction
  • Unanimité : modification de la destination de l'immeuble, dérogation aux droits réels des copropriétaires, suppression d'éléments d'équipement communs

Une décision adoptée à une majorité insuffisante est susceptible d'annulation.

2.3. Décisions gravement préjudiciables

Au-delà des irrégularités formelles, une décision peut être contestée lorsqu'elle cause un préjudice grave à un copropriétaire. La jurisprudence apprécie la gravité du préjudice au regard de plusieurs critères :

  • Impact financier : charges disproportionnées imposées au copropriétaire contestant, travaux somptuaires sans rapport avec la valeur de l'immeuble
  • Atteinte aux droits de jouissance : travaux limitant substantiellement l'usage privatif du lot, modifications affectant la valeur du bien
  • Caractère discriminatoire : décisions visant spécifiquement un ou plusieurs copropriétaires de manière arbitraire

2.4. Décisions contraires à l'intérêt collectif ou entachées d'abus de droit

Ce motif permet de contester des décisions formellement régulières mais prises dans un but contraire à l'intérêt général de la copropriété ou visant à nuire délibérément à certains copropriétaires :

  • Décisions contraires à l'intérêt collectif : travaux ne présentant aucune utilité pour l'immeuble, dépenses somptuaires injustifiées, décisions favorisant certains copropriétaires au détriment de l'intérêt commun
  • Abus de droit : coalition de copropriétaires majoritaires pour imposer des décisions dans le seul but de nuire à un copropriétaire minoritaire, détournement de la procédure d'assemblée générale

Délais de recours

L'article 42 de la loi du 10 juillet 1965 fixe un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale pour introduire l'action en nullité. Ce délai est d'ordre public et court à compter de la notification du procès-verbal par lettre recommandée avec avis de réception ou par remise en main propre contre récépissé.

À défaut de notification régulière du procès-verbal, le délai court à compter de la date à laquelle le copropriétaire a eu connaissance de la décision contestée. La jurisprudence admet que ce délai puisse être étendu en l'absence de notification conforme.

3. La Solution

Étape 1 : Analyser la légalité et l'opportunité du recours

Avant d'engager une action contentieuse, il convient de procéder à une analyse juridique approfondie :

Examen des conditions de forme

  • Vérifier la régularité de la convocation : respect du délai de 21 jours, contenu de la convocation conforme aux exigences légales, notification à l'ensemble des copropriétaires
  • Contrôler l'ordre du jour : précision et clarté des questions soumises au vote, inscription de toutes les résolutions adoptées
  • Analyser le procès-verbal : exactitude du décompte des voix, conformité des modalités de vote, présence des mentions obligatoires

Vérification des conditions de fond

  • Identifier la majorité applicable à la décision contestée selon les articles 24, 25 ou 26
  • Vérifier si la majorité requise a été atteinte
  • Évaluer le caractère préjudiciable de la décision : impact financier, atteinte aux droits, justification par l'intérêt collectif

Appréciation de l'opportunité du recours

  • Mesurer les enjeux financiers du litige
  • Anticiper les coûts de la procédure judiciaire
  • Évaluer les chances de succès au regard de la jurisprudence
  • Envisager les possibilités de règlement amiable

Étape 2 : Saisir le tribunal judiciaire dans le délai de deux mois

En l'absence de règlement amiable, l'action en justice doit être engagée avant l'expiration du délai de deux mois.

Juridiction compétente

Le tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble est seul compétent pour connaître des contestations de décisions d'assemblée générale de copropriété (article L. 211-1 du Code de l'organisation judiciaire).

Constitution du dossier

L'assignation doit être accompagnée des pièces justificatives suivantes :

  • Convocation à l'assemblée générale
  • Procès-verbal de l'assemblée générale contestée
  • Règlement de copropriété et état descriptif de division
  • Correspondances échangées avec le syndic
  • Attestations ou témoignages établissant les irrégularités invoquées
  • Justificatifs du préjudice subi (devis, expertises, attestations)

Rédaction de l'assignation

L'assignation doit être rédigée avec précision et rigueur :

  • Exposer clairement les moyens de nullité invoqués (irrégularités de forme, défaut de majorité, préjudice grave, contrariété à l'intérêt collectif)
  • Développer l'argumentation juridique en citant les textes applicables et la jurisprudence pertinente
  • Chiffrer, lorsque c'est possible, le préjudice subi
  • Formuler des demandes précises : nullité de la résolution contestée, dommages et intérêts, article 700 du Code de procédure civile

Respect du délai de forclusion

La rigueur du délai de deux mois impose une vigilance absolue. L'assignation doit être délivrée par huissier de justice avant l'expiration de ce délai. En pratique, il est recommandé de consulter un avocat dès la réception du procès-verbal pour préserver ses droits.

Étape 3 : Instruction de l'affaire et procédure judiciaire

Mise en état du dossier

Le tribunal judiciaire peut ordonner la mise en état de l'affaire, permettant l'échange de conclusions entre les parties et la production de pièces complémentaires. Cette phase peut durer plusieurs mois selon la complexité du litige.

Mesures d'instruction

Le juge peut ordonner des mesures d'instruction si des points techniques nécessitent des éclaircissements :

  • Expertise judiciaire : désignation d'un expert pour analyser la régularité de la décision, évaluer l'impact des travaux contestés, chiffrer le préjudice
  • Audition de témoins : copropriétaires présents lors de l'assemblée, syndic, membres du conseil syndical

Référé suspension

En cas d'urgence, notamment lorsque l'exécution de la décision contestée risque d'entraîner des conséquences irréversibles, le copropriétaire peut saisir le juge des référés pour demander la suspension de l'exécution de la résolution en attendant que le juge du fond statue sur la contestation (article 873 du Code de procédure civile).

Étape 4 : Jugement et voies de recours

Décision du tribunal

Le tribunal judiciaire statue sur la validité de la décision contestée. Plusieurs issues sont possibles :

  • Annulation totale ou partielle de la résolution : le tribunal prononce la nullité de la décision, qui est réputée n'avoir jamais existé
  • Rejet de la demande : le tribunal considère que les conditions de la contestation ne sont pas réunies
  • Allocation de dommages et intérêts : en cas de faute du syndic ou de comportement abusif de la majorité

Appel

Le jugement peut être frappé d'appel dans un délai d'un mois à compter de sa signification. L'appel est porté devant la cour d'appel du ressort du tribunal judiciaire ayant rendu la décision.

Pourvoi en cassation

En cas de question juridique présentant un enjeu important ou en présence d'une violation manifeste de la loi, un pourvoi en cassation peut être formé dans un délai de deux mois à compter de la signification de l'arrêt d'appel.

Étape 5 : Exécution du jugement

En cas d'annulation de la décision, plusieurs conséquences s'ensuivent :

  • Effet rétroactif : la décision annulée est réputée n'avoir jamais existé, les actes accomplis en exécution de cette décision peuvent être remis en cause
  • Restitution des sommes versées : si des appels de fonds ont été effectués en application de la décision annulée, ils doivent être restitués
  • Nouvelle délibération : le syndic doit convoquer une nouvelle assemblée générale pour statuer à nouveau sur la question, en respectant les règles de forme et de majorité

Quand faire appel à un avocat ?

Le recours à un avocat en droit de la copropriété s'avère indispensable dans les situations suivantes :

  • Analyse juridique préalable : évaluer la solidité des moyens de contestation, identifier la stratégie procédurale la plus pertinente, anticiper les risques
  • Respect des délais : garantir le dépôt de l'assignation dans le délai impératif de deux mois
  • Rédaction de l'assignation : maîtriser la technique juridique, citer la jurisprudence pertinente, structurer l'argumentation de manière convaincante
  • Représentation en justice : la représentation par avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire (article 760 du Code de procédure civile)
  • Négociation amiable : un avocat peut faciliter la recherche d'un accord en proposant des solutions juridiquement sécurisées

L'assistance d'un avocat dès la réception du procès-verbal permet de maximiser les chances de succès et d'éviter les erreurs procédurales susceptibles d'entraîner l'irrecevabilité du recours.

4. Points Clés à Retenir

  • Délai impératif de deux mois : l'action en nullité doit être introduite dans les deux mois de la notification du procès-verbal d'assemblée générale, sous peine de forclusion
  • Quatre motifs de contestation : irrégularités de forme ou de procédure, défaut de majorité requise, décision gravement préjudiciable, décision contraire à l'intérêt collectif ou entachée d'abus de droit
  • Tribunal judiciaire compétent : seul le tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble est compétent pour statuer sur les contestations de décisions d'assemblée générale
  • Constitution d'un dossier solide : rassembler tous les justificatifs (convocation, procès-verbal, correspondances, preuves du préjudice) est essentiel pour étayer la demande
  • Référé suspension possible : en cas d'urgence, le juge des référés peut suspendre l'exécution de la décision contestée en attendant la décision du juge du fond
  • Effet rétroactif de l'annulation : une décision annulée est réputée n'avoir jamais existé, les sommes versées en exécution doivent être restituées
  • Représentation obligatoire par avocat : devant le tribunal judiciaire, la représentation par un avocat est obligatoire, rendant indispensable la consultation d'un professionnel spécialisé dès la réception du procès-verbal contesté

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