1. Les Faits
Un syndicat des copropriétaires a tenu une assemblée générale au cours de laquelle était inscrite à l'ordre du jour une résolution portant sur le renouvellement du mandat du syndic.
Le projet de résolution joint à la convocation prévoyait un renouvellement du mandat de syndic pour une durée de douze mois.
Lors de l'assemblée générale, les copropriétaires ont adopté la résolution mais en modifiant la durée du mandat : au lieu des douze mois prévus dans le projet, ils ont voté pour une durée de cinq mois seulement.
Un copropriétaire a sollicité l'annulation de la résolution n° 13 ayant décidé du renouvellement du mandat de syndic en place pour une durée moindre que celle mentionnée dans l'ordre du jour.
La position de la cour d'appel
La cour d'appel a retenu que les copropriétaires avaient, dans leur pouvoir souverain d'appréciation, décidé de renouveler le syndic pour une durée de cinq mois au lieu de douze.
Le copropriétaire a formé un pourvoi en cassation.
2. Question Juridique
La Cour de cassation devait répondre à la question suivante :
L'assemblée générale des copropriétaires peut-elle, lors du vote sur la désignation ou le renouvellement du syndic, modifier la durée du mandat prévue dans le projet de résolution inscrit à l'ordre du jour ?
Le cadre juridique
La question s'inscrit dans le cadre des règles relatives à l'ordre du jour des assemblées générales et au contrat de syndic.
L'enjeu du débat
La question était de savoir si l'assemblée générale :
- Peut amender le contrat de syndic en séance, notamment sur la durée
- Ou ne peut que l'accepter ou le refuser en bloc, tel qu'il est présenté
3. Solution de la Cour de Cassation
Par un arrêt publié au Bulletin, la Cour de cassation casse l'arrêt d'appel et énonce un principe clair.
Sur l'impossibilité de modifier la durée
"L'assemblée générale des copropriétaires ne peut valablement se prononcer que sur les questions inscrites à l'ordre du jour. Elle ne peut modifier les termes du projet de résolution qui lui est soumis."
— Cass. 3e civ., 6 novembre 2025, n°24-12.526Sur la nullité de la délibération
"Est nulle la délibération de l'assemblée générale qui fixe une durée de mandat du syndic différente de celle annoncée dans le projet de résolution inscrit à l'ordre du jour. L'assemblée ne peut que valider ou refuser le contrat qui lui est présenté."
— Cass. 3e civ., 6 novembre 2025, n°24-12.526La Cour rappelle que :
- L'ordre du jour délimite strictement les pouvoirs de l'assemblée
- Le contrat de syndic forme un tout indivisible
- La durée est un élément essentiel du contrat qui ne peut être modifié unilatéralement
- L'assemblée doit se prononcer par oui ou par non sur le contrat présenté
4. Analyse et Portée
Un arrêt de principe publié au Bulletin
La publication au Bulletin souligne l'importance de cette décision. La Cour de cassation entend fixer une règle générale applicable à toutes les assemblées générales de copropriété.
Cette solution s'explique par plusieurs considérations :
1. Protection de l'information des copropriétaires
L'ordre du jour et les projets de résolution joints à la convocation permettent aux copropriétaires de :
- S'informer sur les questions qui seront débattues
- Préparer leur position et leurs arguments
- Donner pouvoir en connaissance de cause s'ils ne peuvent assister
Si l'assemblée pouvait modifier les termes des résolutions, les copropriétaires absents seraient privés de la possibilité de se prononcer en connaissance de cause.
2. Respect du consentement du syndic
Le contrat de syndic est un contrat bilatéral qui suppose l'accord des deux parties :
- Le syndicat des copropriétaires représentant la copropriété
- Le syndic (personne physique ou morale)
Le syndic a proposé un contrat avec une durée déterminée. Modifier unilatéralement cette durée reviendrait à lui imposer un contrat différent de celui auquel il a consenti.
À retenir
Le contrat de syndic est un contrat synallagmatique dont les termes ne peuvent être modifiés unilatéralement par l'une des parties. L'assemblée générale ne peut imposer au syndic une durée de mandat différente de celle qu'il a proposée.
3. Sécurité juridique
Cette solution garantit la sécurité juridique en évitant que des décisions importantes soient prises dans la précipitation, sans que tous les copropriétaires aient pu s'informer et se préparer.
Portée de la solution
Cette décision a une portée générale qui dépasse la seule question du mandat de syndic. Elle rappelle que l'assemblée générale :
- Ne peut délibérer que sur les questions inscrites à l'ordre du jour
- Ne peut modifier les termes des projets de résolution qui lui sont soumis
- Doit se prononcer pour ou contre chaque résolution, sans l'amender
5. Implications Pratiques
Conséquences pour les assemblées générales
- Pas d'amendement : l'AG ne peut pas modifier les termes des résolutions présentées
- Vote binaire : les copropriétaires votent pour ou contre, sans possibilité de modification
- Report nécessaire : si l'AG souhaite une durée différente, elle doit rejeter la résolution et demander une nouvelle proposition
- Nullité encourue : toute délibération modifiant le projet initial est susceptible d'annulation
Pour les syndics
- Proposer plusieurs options : pour anticiper les souhaits de l'AG, le syndic peut proposer plusieurs contrats avec des durées différentes (1 an, 2 ans, 3 ans) inscrits comme autant de résolutions distinctes
- Rédaction précise : le contrat et le projet de résolution doivent être rédigés avec précision
- Information préalable : sonder les copropriétaires en amont pour proposer une durée adaptée
Pour les copropriétaires
- Lecture attentive : examiner soigneusement les projets de résolution avant l'AG
- Demande préalable : si la durée proposée ne convient pas, demander l'inscription d'une résolution alternative avant l'AG
- Contestation possible : contester dans les deux mois une délibération qui aurait modifié les termes du projet
Que faire si l'AG souhaite une durée différente ?
Plusieurs solutions existent :
- Rejeter la résolution et demander l'inscription d'un nouveau projet à l'ordre du jour d'une AG ultérieure
- Inscrire plusieurs résolutions avec des durées différentes (le syndic actuel peut être maintenu jusqu'à la prochaine AG)
- Négocier en amont avec le syndic pour qu'il propose une durée correspondant aux attentes
Procédure de contestation
Un copropriétaire souhaitant contester une délibération modifiant la durée du mandat doit :
- Agir dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal d'assemblée
- Saisir le tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble
- Demander l'annulation de la délibération pour non-respect de l'ordre du jour
Points Clés à Retenir
- Nullité : est nulle la délibération modifiant la durée du mandat de syndic par rapport au projet
- Vote binaire : l'AG ne peut que valider ou refuser le contrat présenté, sans l'amender
- Ordre du jour strict : l'AG ne peut délibérer que sur les questions inscrites à l'ordre du jour
- Contrat indivisible : le contrat de syndic forme un tout dont les éléments ne peuvent être modifiés séparément
- Protection des absents : les copropriétaires absents doivent pouvoir donner pouvoir en connaissance de cause
- Solutions alternatives : proposer plusieurs résolutions avec des durées différentes
- Contestation : délai de deux mois pour contester une délibération irrégulière